Bruxelles envisage d’interdire les technologies chinoises : un nouveau pas vers la sécurité numérique ?

8 janvier 2026 | par la rédaction de Guide IT @Laetitia R.
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Bruxelles envisage d’interdire les technologies chinoises : un nouveau pas vers la sécurité numérique ?

Une législation en préparation : la fin des équipements chinois ?

Bruxelles pourrait bientôt faire un grand pas en avant en interdisant aux États membres l’utilisation des technologies des équipementiers chinois, Huawei et ZTE. Cette initiative serait la suite logique des recommandations émises en 2020, qui pourraient bientôt devenir une obligation légale.

Rappelons que cela fait déjà un moment que cette question est sur la table, ces firmes étant régulièrement accusées d’être des canaux en faveur des services de renseignement de Pékin. 

Les accusations sont lourdes : leurs équipements et logiciels posséderaient des « backdoors », failles par lesquelles des tiers pourraient accéder aux données. Huawei et ZTE, en réponse, ont toujours nié ces accusations, les qualifiant de tentatives d’éliminer la concurrence et de violations des principes du libre-échange.

La Commission européenne cherche à faire bouger les choses

Bien qu’actuellement, chaque État membre ait la prérogative de décider de l’utilisation ou non de ces équipements, Bloomberg rapporte que la Commission européenne envisage des moyens de forcer les membres à retirer progressivement la technologie de Huawei de leurs réseaux. 

Henna Virkkunen, vice-présidente de la Commission en charge de la souveraineté numérique, souhaite ainsi transformer les recommandations de 2020 en obligations. Derrière cette démarche se cache un objectif de sécurisation des infrastructures critiques à l’échelle du Vieux Continent.

Des voix discordantes au sein des États membres

La situation est loin d’être uniforme. Pendant que des pays comme la Suède ont complètement banni Huawei, d’autres, telles que l’Espagne ou la Grèce, continuent d’utiliser leurs technologies. La France, quant à elle, s’est engagée sur une voie intermédiaire.

Depuis le fameux arrêté dit « anti-Huawei » de 2019, Paris n’interdit pas explicitement les équipements chinois, mais leur déploiement dépend d’une autorisation d’exploitation délivrée par l’Agence nationale de la sécurité des systèmes d’information (Anssi). En pratique, cette autorisation semble relativement facile à obtenir : entre juillet 2023 et 2024, 209 autorisations ont été accordées, tandis que seulement dix refus ont été recensés.

Les défis du démantèlement en France et en Allemagne

Il est aussi important de noter que les opérateurs sont incités à retirer progressivement les équipements Huawei de leurs réseaux. Bouygues Telecom et SFR ont récemment été contraints de retirer respectivement 3 000 et 8 000 antennes de leur infrastructure. Mais cela a un coût : les deux opérateurs ont demandé une indemnisation de plusieurs centaines de millions d’euros pour compenser ces frais. La date butoir pour ce démantèlement a même été repoussée de 2028 à 2032.

Aucun de ces équipements n’est par ailleurs autorisé à jouxter des installations stratégiques du pays, qu’elles soient militaires, industrielles, ou encore gouvernementales.

L’Allemagne n’est pas en reste, avec une dépendance marquée envers la technologie 5G chinoise. La part de marché des composants chinois dans le réseau d’accès radio ne montre aucun signe d’amenuisement et devrait rester stable autour de 60% jusqu’en 2028.

Face au lobbying intensif de Huawei : une vigilance accrue

L’Europe doit faire preuve de cohésion dans sa réponse face à cette situation. Car pendant que les pays sont en désaccord, Huawei intensifie son lobbying. Des allégations de tentatives d’influence, allant jusqu’à offrir des avantages financiers, ont été rapportées.

Huawei a réagi suite aux accusations en soulignant que les restrictions fondées sur des jugements discriminatoires pourraient avoir des conséquences économiques sévères en Europe. L’entreprise appelle à une évaluation équitable et transparente : « cette qualification de « fournisseur à haut risque » ne devrait pas être appliquée sans une procédure justifiée ».

La cybersécurité reste la priorité pour Huawei, qui a ouvert un Centre de Transparence sur la Cybersécurité à Bruxelles depuis 2019, afin de permettre des tests et vérifications pratiques de sécurité. 

Conclusion : l’avenir numérique de l’Europe en jeu

La question des technologies chinoises au sein des réseaux européens est critique. Entre enjeux de sécurité et dépendance économique, Bruxelles devra naviguer avec prudence. L’interdiction potentielle des équipements Huawei et ZTE pourrait marquer un tournant dans la politique numérique de l’Union européenne. Reste à voir comment cela sera accueilli par les États membres, que ce soit pour la protection de la souveraineté numérique ou pour les relations commerciales futures avec la Chine. 

À suivre…

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